

Elle est tapie dans l’ombre
laide ou désirée, souveraine ou opprimée, libre ou entravée. Loin des stéréotypes de la sorcière des temps reculés, l’archétype de la sorcière peut apparaître aujourd’hui autant chez l’artiste que l’activiste, mais elle sera toujours celle qui dérange, celle qui sait. Elle a de moins en moins peur d’exprimer sa vérité, et toi, laisses-tu l’archétype de la sorcière s’exprimer ?
de notre psyché

Qu’est-ce qu’un archétype ?
L’archétype de la déesse de l’amour et de la beauté est assez facilement identifiable dans la mythologie, elle se glisse d’ailleurs dans de nombreuses fictions romantiques ou publicitaires encore aujourd’hui. Dans les contes de fée, c’est l’archétype de la princesse, etc.
L’archétype en psychologie analytique est une représentation aux formes et aux symboliques diverses, commune à toutes les cultures humaines. Ce qu’en Europe nous appelons sorcière peut avoir d’autres noms dans d’autres cultures, c’est pourquoi l’archétype nous permet d’adresser l’ensemble de ses représentations. Pour Carl G. Jung, l’archétype est issu de l’inconscient collectif et apparaît dans les mythes, les contes ou les rêves d’une personne.
Quand elle apparaît, l’archétype de la sorcière peut également évoquer la femme sauvage, qui pourra prendre les traits de Baba Yaga dans les contes que Clarissa Pinkola Estès aborde dans « Femmes qui courent avec les loups ».
Iconographie de la sorcière
L’imaginaire autour de l’archétype de la sorcière est très riche et contrasté : des sorcières inquiétantes et charmantes dans les peintures de John Waterhouse aux harpies des récits mythologiques, il y a une large palette d’expression de la nature sauvage féminine.
Longtemps cantonnée à son rôle au sein de la communauté, l’archétype de la sorcière prend aujourd’hui une place et une apparence tout à fait différente même s’il demeure une constante : son aura, sa magie, son potentiel créateur sont une inspiration pour quiconque souhaite évoluer vers une expression plus harmonieuse et authentique du Soi.


La versatilité de la sorcière
Il faut garder en tête que la période à laquelle l’archétype de la sorcière a été le plus représenté, dans les peintures notamment, est une période qui succède à la tristement célèbre chasse aux sorcières, et suite à laquelle on s’intéresse aux vestiges des cultes païens et aux sciences occultes. La sorcière devient une icône culturelle qui a été persécutée et dont l’image négative est un héritage de la propagande du christianisme.
Si la sorcière est une muse pour certains, une artiste va directement puiser son inspiration de sa connexion à l’invisible pour créer. C’est Hilma Af Klint qui forme en 1896 un groupe de femmes voué à l’étude de la médiumnité, se réunissant pour faire des méditations et du spiritisme, suite à quoi l’artiste suédoise se sentant guidée par une force, réalisera ses premières œuvres abstraites qui lui inspireront son propre langage artistique.
Nature cyclique & union des opposés
Si l’iconographie possède souvent une esthétique bien léchée, l’archétype n’est pas aussi lisse que les prêtresses habillées de lin blanc. L’archétype de la sorcière fait état d’une connexion à l’invisible et à la nature, et la nature est cyclique : cycle de vie et de mort, ordre et chaos. L’archétype nous rappelle que si l’une de ces facettes s’exprime chez nous, l’autre existe elle aussi, en même temps.
L’archétype de la sorcière ne s’adresse pas à un genre mais invite plutôt à une union des opposés, conscient et inconscient, yin et yang, etc. car pour briller de toute sa lumière, il faut également observer sans jugement ses ombres, les aimer telles qu’elles sont, les accepter et laisser mourir ce qui n’a plus lieu d’être.
C’est finalement là où nous avons parfois le plus peur de tourner notre regard, que nous avons le plus besoin de nous aimer, et c’est là que la magie opère.

